A mon Amie
AU PARC
J’étais là,
assise sur un banc, morne, le regard mélancolique.
Il m’avait donné rendez-vous.
Le soleil venait chauffer mes joues,
C’était l’éclosion du printemps,
La résurrection du temps bienfaisant.
Arrivait le petit jour ;
J’aime le matin, la nature semble vous dire bonjour,
Les odeurs de menthe et de thym éveillent les sens,
Elles vous font quitter votre indolence.
J’attendais donc sa venue, scrutant au loin sa silhouette,
Lorsqu'une vieille femme poussant devant elle une brouette,
Vint s’asseoir toute essoufflée à côté de moi.
- Qu’attendez-vous chère enfant me dit-elle ? Quel est votre désarroi ?
- Je l’attends, Lui, il m’a donné rendez-vous !
Mais au loin je ne le vois point arriver du tout.
- Il viendra assurément, ne doutez pas me répondit-elle.
Elle se leva et je vis s’éloigner au loin son corps vouté et frêle.
Je regardais encore à l’horizon lorsqu’ arriva un pigeon.
Je me mis à observer l’oiseau avec attention.
Il semblait lui aussi espérer.
Nous restâmes là tous deux sans bouger,
Quand soudain, il se mit à danser.
Il allait de-ci, de-là, ouvrant ses ailes, piétinant le sol ;
Allait-il prendre son envol ?
L’oiseau semblait plutôt content.
Un vagabond vint s’asseoir sur le banc.
Sans aucun doute ces deux là se connaissaient bien.
L’homme sortit de sa poche mitée, quelques miettes de pain ;
Il les jeta au pigeon à la volée.
Et bien me dis-je en moi-même celui-ci au moins n’est pas oublié.
Le soir tombait déjà, et je me mis à frissonner.
Lui, n’était pas venu.
Je m’apprêtais à partir terriblement déçue.
Un nouveau jour se levait et je pris un autre chemin.
Celui-ci, sans incrédulité, serait souverain.
Je l’empruntais donc pensant y trouver quelques fruits divins.
Je n’y rencontrais fâcheusement que ronces et épines.
Je piétinais le Lys et cueillais la digitaline.
J’étais sûr pourtant que Lui apparaîtrait.
Je pensais que par mes œuvres bonnes, à ma rencontre, il viendrait.
Mais la nuit arrivait faisant taire les passereaux,
La nuit noire et son tombeau.
Je revins au parc meurtrie, délabrée, ruinée.
Je reprenais ma place sur ce banc oublié.
Lorsqu'au loin se dévoila une silhouette voutée et frêle.
La vieille femme d’hier et sa brouette longeait la passerelle.
Elle vint à mes côtés s’asseoir à nouveau.
- Et bien chère enfant la patience est-elle le moindre de vos défauts ?
- Pourquoi lui demandais-je étonnée ?
- Celui que vous attendiez est venu... et il ne vous a pas vu...
Il est parti votre amour !
- Vous avez vu Lui, celui que j’attends depuis toujours ?
Qu’ai-je fait, malheur à moi, la nuit m’a enveloppée,
J’avais froid et sur moi le tombeau s’est refermé.
De sa venue, je ne connaissais ni le jour, ni l’heure,
Et au jour de mon malheur me voilà en pleurs.
Comme le Roi Saül attendant Samuel, je n’ai point su attendre.
Me voilà désormais enfouie sous les cendres !
- Et oui, me dit la vieille femme, les bonnes œuvres sont louables,
Mais le plan de D.ieu est préférable.
S’il faut attendre, attendons...
N’agissons pas selon nos désirs au risque de l’abandon !
Brigitte
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